Pourquoi écrire ?
 
    Tout d'abord, j'ai toujours été un fervent lecteur.
 
    Tout jeune, à l'école primaire, j'étais le "client" le plus important du bibliobus. (Pour ceux qui ne saurait pas de quoi il s'agit, c'était une bibliothèque ambulante - départementale ? - qui sillonnait la campagne).
 
     A cette époque, les meilleurs élèves de chaque classe était récompensés en fin d'année par une remise de prix. C'est comme cela, qu'à partir de 8-9 ans, j'ai découvert les formidables aventures de "vingt mille lieues sous les mers"  ou du "tour du monde en 80 jours" de Jules Verne, mais aussi "La mare au diable" de George Sand, ou encore "Cosette" de Victor Hugo. Quelle fierté quand nous étions appelés sur l'estrade, (devant un parterre de copains qui eux n'avaient rien !)   pour aller chercher ses magnifiques livres tout habillés de rouge.
 
    Déjà, (je devais avoir 13 ans), avec mon meilleur camarade Patrick A. (Il se reconnaîtra s'il lit ces pages un jour) , qui était excellent dessinateur, nous formions des projets d'association d'écriture de bandes dessinées. Il devait se charger des dessins et moi du scénario et des dialogues. Bien sûr, cette entreprise n'eut jamais lieu, les aléas de la vie s'étant chargés de nous séparer avant même une tentative d'ébauche...
 
     Plus tard, mes goûts ont changé. Il y eu une période assez longue durant laquelle j'ai dévoré tout ce qui me tombait sous la main, dès lors qu'il s'agissait de la deuxième guerre mondiale. Puis, ce fut le tour des romans policiers, ou en tous cas de suspense.
 
     Mais venons-en à l'écriture. Pour cela, il faut revenir à ma carrière au sein de la Gendarmerie.
 
     J'ai toujours un peu souffert (comme d'innombrables militaires de cette Arme) du manque de considération portée à cette institution, notamment dans le domaine judiciaire qui était mon talon d'Achille. A lire les journaux, à regarder les feuilletons télévisés ou les films, le gendarme n'était bon qu'à traiter des vols de poules ! Les bons flics, ceux qui avaient des résultats (déjà ?), ceux qui s'occupaient des "vraies" affaires criminelles, c'étaient les policiers ! (Heureusement, cette situation à maintenant  quelque peu changée) .
 
     Un soir, (dans les années 1980) alors que je regardais les aventures du célèbre Commissaire Cabrol et de son Adjoint l' Inspecteur Ménardeau, je suis resté pantois devant ma télé : Un "brigadier" de gendarmerie (bien que la "grade" de brigadier n'existait plus dans la Gendarmerie depuis, je crois, 1910 !) qui avait été appelé sur les lieux d'une découverte de cadavre, jouait du violoncelle, devant le dit cadavre, en  attendant... le fameux commissaire !
 
    Me sentant personnellement outragé par ce véritable affront fait à "mon" institution d'une part, et me demandant quel ressentiment et quelle attitude allait avoir le public habitué à voir journellement évoluer les gendarmes, d'autre part, je me décidais d'un coup : je devais agir.
 
    Sur le champ, je décidais d'écrire un roman qui relaterait, sans aucune bienveillance, mais dans la plus complète transparence, le déroulement d'une enquête criminelle. J'y détaillerais les moyens en personnel et en matériel à la disposition des enquêteurs pour résoudre une affaire. (qui ne serait pas un vol de poule !)
 
    Mais, écrire un bouquin n'est pas aussi simple. Encore faut-il avoir du temps, et, à cette époque je servais dans une unité de recherches, et j'étais plus souvent en mission à l'extérieur qu'à la maison. Donc, pas de temps pour écrire, mais je mettais à profit chacun des instants propices pour "peaufiner" mon histoire dans ma tête. Plusieurs mois plus tard, j'avais en mémoire la charpente et la trame de mon futur "best-seller" ! Je ne pensais plus qu'à ça, me demandant quand je trouverais enfin le temps pour coucher mes idées sur le papier.
 
    Je dus attendre encore quelques années pour concrétiser mon rêve. Entre temps, j'étais arrivé au commandement d'une brigade territoriale et mes déplacements étaient plus rares.
 
    Et, le jour "J" est arrivé, bien malgré moi !
      Une vilaine blessure à une cheville me cloua à la maison durant plusieurs semaines. J'allais enfin trouver le temps qui me manquait depuis tant d'années !
 
    Armé d'une machine à écrire (on ne connaissait encore pas le traitement de texte !) je passais mes journées à taper et taper encore. Pas de brouillon ! Pas de guide ! Le premier jet directement à la machine ! Lorsque je devrais faire une correction, je devais reprendre toute la page, et quelquefois plusieurs pages lorsque cette correction l'exigeait !
    
     Bien que ma tête débordait, il m'est arrivé toutefois d'avoir beaucoup de mal à me sortir d'une situation. On à beau être complètement dans l'action et de vivre, comme dans la réalité, les émotions et les humeurs des personnages, il faut une imagination à toute épreuve pour trouver une suite acceptable aux paragraphes précédents. Mais il faut aussi que la solution enfin trouvée, colle avec la suite que l'on a déjà imaginée. C'est dans ces moments-là que j'aie ai un peu regretté de n'avoir pas élaboré un plan et une véritable charpente sur le papier.
 
    Enfin, cinq semaines après avoir mis ma première feuille blanche dans la machine, j'inscrivais le mot "fin" sur le dernier feuillet. Mon histoire semblait tenir debout, mais une chose importante manquait encore : le titre. Il ne me fallut pas longtemps pour le trouver, à la fin du livre, dans une reflexion que j'avais prêtée au Juge d'instruction :
 
 "Les lâches du samedi soir".
 
     Je fis lire mon chef d'oeuvre à mon épouse et à deux ou trois amis qui me confirmèrent ma première impression et me disaient qu'il fallait le publier. Mais, étaient-ils des lecteurs fiables et surtout objectifs ?
    
     Je décidai donc de tenter ma chance auprès d'une maison d'édition parisienne "La Musse", spécialisée dans dans publications "gendarmiques". J'envoyai donc mon manuscrit sans grande conviction, mais au moins pour "tester" mon ouvrage auprès de professionnels. Contre toute attente, la réponse me parvînt quelques semaines plus tard : O.K pour publier les "Lâches du samedi soir".
 
     Imaginez-vous ma joie et ma fierté ! Je vais être édité ! Je n'en croyais pas mes oreilles. D'un coup, je me suis senti la personne la plus importante de la terre !
 
     Pouquoi donc tous les jeunes auteurs ressentent-ils cette même "bouffée" de satisfaction et de gloire lorsqu'ils sont sur la voie de la publication ?
 
     Mais, ma condition de militaire de la Gendarmerie Nationale en activité ne me permettait pas de "sortir" un livre (qui plus est sur la gendarmerie, même si c'était pour la bonne cause) sans en référer à ma hiérarchie et surtout obtenir le feu vert ! Je l'obtins, malgré quelques réticences de quelques âmes sans doute jalouses de ma soudaine notoriété.
 
     C'est ainsi que "Les lâches du samedi soir" fut édité en 1985 par les éditions "La Musse", dont je tiens encore aujourd'hui, à remercier son directeur Monsieur REVISE. Tiré à 1.000 exemplaires, il est aujourd'hui épuisé, malgré une réédition par les éditions Publibook qui n'ont vendu que quelques exemplaires.
 
     Avec le recul de 22 années, je peux dire que j'ai pris un plaisir fou à écrire cet ouvrage. Rien n'est pareil à faire vivre des personnages, à se fondre en eux, à penser et à agir comme eux. Comment décrire l'intense satisfaction lorsque votre héros se sort d'une situation difficile ou simplement, lorsqu'il élucide un mystère que vous avez vous-même échaffaudé ?
 
     Cela peut sembler bizarre, mais c'est pourtant ce que doivent ressentir la plupart des auteurs de romans d'action. C'est aussi sûrement le moteur qui les pousse à toujours recommencer l'aventure.
 
      C'est sans doute ce carburant qui m'a moi-même incité à retenter l'aventure en publiant "Contrebande et prise d'otage".
 
    Mais ceci est une autre histoire !